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Algerie: Si Mansour Boudaoud, l’un des derniers tisserands de liberté, tire sa révérence

Il aimait répéter que le peuple algérien fut tellement bousculé après la crise de l’été 1962, sans compter les affres de 132 ans de colonisation et les blessures énormes de plus de 7 ans de Guerre de libération, qu’il n’est plus capable de donner naissance à quoi que ce soit.

Par Mustapha Ait Mouhoub )Journaliste, Co-auteur des Mémoires de Si Mansour)

« Il ne faut attendre ni beurre, ni lait caillé… », disait-il pour ponctuer son appréciation du chemin parcouru depuis l’intronisation de Benbella par l’Armée des frontières jusqu’au viol de la constitution qui a permis à des assoiffés du pouvoir de s’imposer au peuple deux décennies durant.
Pourtant, le peuple algérien malmené depuis l’indépendance par un pouvoir nait de la blessure intime de Tripoli et installé grâce aux blindés de l’Armée des frontières, n’a pas raté le rendez-vous de son printemps. Malgré les séquelles lourdes d’un AVC qui l’avait terrassé, il put observer les bourgeons d’un printemps algérien prometteur à partir d’une fenêtre de sa chambre d’hôpital à Ain Naadja. Il n’est pas parti sans savourer, 7 vendredis de suite, la victoire de ce peuple qu’il a tant adoré sur ses peurs et ses craintes pour arracher sa dignité bafouée par une bande de malfaiteurs. Certainement, il a eu à savourer ce moment au cour duquel il s’est rendu compte qu’il se trompait sur ce peuple et son potentiel extraordinaire à se révolter contre les injustices.
Si Mansour, dont la vie a traversé presque un siècle de ce pays, avait quitté sa montagne natale (Taouerga en Grande Kabylie) pour se rendre à Alger armé d’une seule conviction ; voir son pays débarrassé du joug du colonialisme. Il avait quitté sa Kabylie natale, très jeune, pour s’impliquer totalement dans cette œuvre nationaliste qui tendait à aiguiser la conscience nationaliste chez le peuple et participer au réveil de la nation algérienne d’un sommeil qui a trop duré. Armé de son expérience, en compagnie de son frère, déjà dans les maquis de la Kabylie de 1945, suite au fameux ordre et contre ordre du PPA, il intégra les rangs de l’OS. C’est grâce à cette organisation paramilitaire qu’il croisa d’illustres militants qui fréquentaient son café à La Place des Martyrs appelé café de la Liberté. Il s’agit de Benai Ouali, Amar Ait Hamouda, Hocine Ait Ahmed, Omar Oussedik et d’autres.
C’est dans les rangs de l’OS qu’il aiguisa son sens du secret et son flair, devenu de notoriété, pour débusquer les coups fourrés des services français. Il fut derrière la découverte des deux collaborateurs du colonialisme qui avaient infiltré le département de l’Armement du temps du colonel Mahmoud Chérif.
Son culte du secret l’avait amené à doter la Révolution algérienne de ces premiers ateliers de fabrication d’armes au Maroc, implantés dans des centres urbains.

Après l’indépendance, il s’exila pour ne pas assister à la confiscation du pouvoir par un Benbella venu pour régler ses comptes avec ses frères d’armes que pour construire une République. C’est ce qui lui a évité d’assister à l’adoption de la première constitution de l’Algérie indépendante à la salle de cinéma le Majestic. Le mauvais traitement réservé au texte fondateur de la première République algérienne indépendante explique les maltraitances imposées à ce texte allant jusqu’‘à imposer un impotent à la magistrature suprême.
Il revient en Algérie dans le sillage du retour de Boudiaf en 1992, avec l’espoir de participer à la construction de cette République à laquelle il rêvait et pour laquelle il a tant sacrifié. Ce fut une parenthèse vite fermée pour lui. Boudiaf qu’il a connu au Maroc et avec lequel il avait doté l’ALN de ces premiers chargements d’explosifs, utilisés même dans les attentats à la bombe durant ce qui est appelée Bataille d’Alger, fut assassiné par ses frères. Il rentrera chez lui pour se ranger dans son silence. Il n’aimait pas faire des vagues. Il se contenta de livrer un témoignage, même parcellaire, mais combien édifiant sur les fabriques d’armes de l’ALN. Il eut une vie pleine, ponctuée par une fin fort heureuse, car, il a vécu jusqu’à voir l’Algérie, sept vendredis durant, enveloppée des premières lumières du printemps.

P.S : Si Mansour Boudaoud, Moudjahid et officier du MALG vient de nous quitter à l'âge de 93 ans. Presque centenaire, Si Mansour prend avec lui une partie de notre histoire, pour avoir vécu des étapes charnières du combat de notre peuple pour son indépendance. Je l'ai connu, lors d'une enquête menée sur les actions de la sinistre organisation "Main rouge" contre le FLN-révolutionnaire, en 2014, pour les besoins d'un documentaires sur les crimes d'Etat commis par la colonisation pendant la Guerre de libération nationale. Cette rencontre sera suivie en 2015 par la publication d'un livre aux éditions Rafar, intitulé "Les armes de la liberté" que j'ai écris avec la collaboration du brillant journaliste Zoubir Khelaifia. Ce fut une belle aventure, car, en plus du parcours très honorable de Si Mansour au sein du Mouvement national et de l'ALN, nous avions été, moi et Zoubir, surpris de découvrir des secrets entiers sur la véritable histoire de la création des centres de fabrication d'armes au Maroc. Cinq centres en tout ont été érigés dans des milieux urbains au nez et à la barbe des vigiles de la colonisation dans cette monarchie qui accédait juste à son indépendance. Ce cadre du MALG fut aussi derrière la recouverte d'espions du colonialisme infiltrés au sein d'importantes structures de la Révolution. Ancien de l'OS (organisation spéciale), Si Mansour était impliqué dans les événements de mai 1945 en Kabylie. Après l'indépendance, ce Moudjahid connu par sa discrétion, avait décliné l'offre d'intégrer le groupe qui avait pris les leviers du pouvoir en 1962. Si Mansour s'est éteint en emportant avec lui de menus détails sur quelques étapes importantes de l'histoire du combat des Algériens pour l'indépendance.

Qu'il repose en paix.

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