Histoire:Les oppositions en Algerie de 1962 à 1988

La bibliothèque des sciences politiques vient de s’enrichir avec un ouvrage qui comble un vide longtemps entretenu; avec l’anthologie “Les oppositions algériennes entre 1962 et 1988”, Abdelhalim Aissaoui qui était dans toutes les luttes clandestines; aujourd’hui en retraite de l’université de Constantine, retrace les actions des oppositions multiples en Algérie dans son premier livre sortie hier à compte d’auteur, présent au salon du livre. 

Constantine: R.C

Cette anthologie tire son essence d’un ensemble de considérations, elle est, d’abord, une réponse à un constat maintes fois exprimé : l’absence de références bibliographiques sur l’activité clandestine des différents mouvements politiques durant la période post- indépendance, particulièrement celle où a prévalu l’imposition du règne, sans partage, du parti unique.

A ce jour, aucune présentation d’ensemble, ni même une compilation succincte de la documentation produite par ces organisations n’est disponible. Ainsi, la première vocation de ce travail est de combler ce vide, si préjudiciable au travail des chercheurs et si dommageable pour tous ceux, nombreux, qui s’éveillant a l’activité politique et sociale, sont a la recherche de repères historiques pour mieux éclairer leur pratique présente.

Elle est ensuite l’expression d’une reconnaissance à ceux qui, de manière anonyme, ont contribué dans des conditions impitoyables à la confection, la distribution, la propagation et la discussion de ces documents, au péril de leur sécurité et de leur intégrité physique.

Dans ce sens, notre ambition était de rassembler le maximum de sources authentiques et significatives des différentes organisations constitutives de ces oppositions, appréhendées dans leurs diversités politiques et idéologiques. La démarche retenue, basée sur le refus de l’exclusion et le rejet de toute partialité partisane, a permis d'accéder à un éventail documentaire assez représentatif de ces oppositions, dévoilant ainsi la profondeur historique de leur sous-bassement théorique et la cohérence, insoupçonnée, de leurs analyses politiques.

Aucun courant politique, y compris ceux, présentés comme minoritaires ou marginaux, n’a été omis. Néanmoins, l’incapacité d’accéder à tous les fonds d’archives n’a pas permis une présentation plus ample et plus équilibrée. C’est dire que ce travail ne saurait prétendre à l’exhaustivité. Il comporte des lacunes certaines, générées, entre autre, par l’impossibilité de retrouver certaines des prises de position fondatrices de ces mouvements politiques. Il se présente donc comme la première pierre d’un édifice { construire en vue de constituer et de rendre publique une base de matériaux, la plus large et la plus complète possible, sur les activités politiques clandestines dans l’Algérie indépendante et sur l’environnement plein de dangers dans lesquelles elles se sont organisées et déployées. Puisse-t-il contribuer à une prise de conscience bénéfique, chez les anciens militants et dirigeants, en possession de fonds d’archives qui sont le bien collectif des organisations au sein desquelles ils activaient, pour les sortir de l’oubli, les mettre à la disposition de tous et leur éviter une déperdition définitive qui entrainerait avec elle, la perte incommensurable et à jamais, de pans entiers de la transmission mémorielle.

Cette prise de conscience aidera à l’émergence d’une mémoire non étatique, multiple et variée, composée de fragments antagonistes et conflictuels. Elle établira un obstacle à la perpétuation, par maints instruments, des actions soutenues et renouvelées d’imposition d’une mémoire unique, publique et officielle. Elle participera des efforts patients à entreprendre pour frayer le chemin à une mémoire alternative à celle des pouvoirs en place, par le rejet des modalités récurrentes qu’ils ont mises en pratique afin de maintenir l’occultation, voire l’oppression, de toute approche incompatible avec la leur, notamment dans ce domaine si sensible. En définitive, elle donnera une visibilité accrue { cette mémoire occultée, aujourd’hui soustraite à l’appropriation bienfaisante de tous les algériens.

Le choix des organisations, objet de notre étude, répond à une préoccupation centrale, celle portée par la problématique politique. Seuls les mouvements ayant proclamé comme finalité de leur création et de leur action, la lutte politique contre les divers régimes politiques successifs, figurent comme objet de ce recueil. De ce fait, les sources des associations à caractère social, culturel et cultuel, bien que leur étude soit édifiante, n’ont pas été prises en considération.

Ces textes de caractère politique, sont présentés à l’état brut, tels qu’ils ont été rendus publics, avec, parfois, des fautes évidentes, un style lourd, des formulations approximatives et une expression pas suffisamment maîtrisée. Par moment, il a été impossible de transcrire certaines parties des écrits, suite à la qualité des moyens de tirage utilisés, à leur circulation excessive et à leur préservation défectueuse. Les écrits proprement économiques et ceux relatifs à la politique extérieure, ont été délibérément sacrifiés, afin de ne pas trop alourdir cette publication.

L’accès au contenu de ces textes permet, d’une part, de découvrir l’état d’esprit, l’imaginaire, les représentations et les attentes de ceux qui ont participé à leur élaboration, autrement dit les groupes dirigeants. Les actions initiées par ces derniers sont en conformité avec l’univers des idées, des valeurs, des croyances et des certitudes qui est le leur et qui motive leur engagement militant. Il est évident que ces responsables sont, avant tout, préoccupés par l’organisation de l’action. Cependant, leur intervention ne s’effectue pas à partir d’un vide conceptuel.

Elle s’élève au sein d’un cadre d’analyse hiérarchisé et elle est guidée par des principes de fonctionnement de la société à laquelle ils aspirent et qu’ils souhaitent édifier. C’est à partir de ce socle conceptuel et de ses principes de fonctionnement qu’ils arrivent à interpréter la réalité et à ouvrir des perspectives. Une analyse attentive de ces documents permet de caractériser le fond commun à partir duquel ils réfléchissent et de retrouver l’inspiration à la source de leurs argumentaires.

Leurs représentations obéissent à une dynamique interne qui demeure attentive aux nécessaires adaptations pour accompagner changements majeurs qui surviennent. Mais parfois, de légitimes interrogations surgissent : ces ajustements s’effectuent-t-ils, toujours, en conformité avec le noyau théorique originel ou expriment-t-ils une mutation à travers l’adoption d’une matrice théorique alternative ?

Il donne, d’autre part, des indications précieuses sur les faits qui les ont nourris et qui ont conduit à leur rédaction à un moment précis, sous une forme déterminée et avec un style particulier. La production de cette littérature clandestine, à travers ses canaux différenciés, fournit un éclairage pénétrant sur les formes de communication retenues et les récepteurs ciblés. Elle témoigne de la pluralité des visions, voire de leur hétérogénéité et elle éclaire sur le degré de pertinence des appareils conceptuels retenus. Elle est le réceptacle où s’expriment les affrontements d’une intensité sans égal entre les partisans, aussi passionnés les uns que les autres, d’alternatives rigoureusement opposées.

A travers cette documentation se cristallise et s’affirme le processus de construction, toujours inachevé, des identités collectives. Ce souci d’affirmation identitaire prend appui sur des références méthodologiques, idéologiques et historiques singulières et il s’affirme à travers la valorisation d’une culture d’appartenance bâtie sur ces assises préétablies, privilégiant une sémantique intrinsèque et sollicitant des événements nationaux et internationaux distinctifs. En effet, chaque organisation s’appuie dans sa démarche analytique sur des présupposés théoriques fondateurs, adopte une méthode y afférente, fixe des objectifs spécifiques et définit une stratégie appropriée pour leur concrétisation.

Cette anthologie permet également, de cerner indirectement, les traits principaux des politiques suivies par les régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance, par la mise à nu, grâce aux critiques acerbes formulées par les oppositions, des incohérences doctrinales qui les fondent, des contradictions qui les sous-tendent et de l’utopie qu’elles projettent.

Certains segments de ces oppositions, s’interrogent même sur le potentiel heuristique des systèmes de représentation de ces régimes et sur leurs capacités à rendre possible la réalisation des stratégies retenues.

De la lecture de ces textes, jaillit avec insistance, chez l’ensemble des courants, le besoin vital et l’urgence absolue, d’asseoir toute démarche d’édification et de reconstruction nationale, sur la base du respect de la démocratie. Cette dernière, au-delà de ses perceptions multiples et variées, est considérée comme la sève nourricière de tout processus de construction nationale. Cette option, farouchement assumée, est consubstantielle d’une approche édifiée sur la négation des pratiques prégnantes d’arbitraire et de répression qui ont été, depuis la signature des accords d’Evian et avant même la proclamation de l’indépendance, instaurées de manière quasi officielle, comme pratique normalisée de l’exercice du pouvoir.

Nous avons évoqué les considérations ayant motivé la mise en chantier de ce travail et dégagé les raisons qui nous ont stimulé pour tenter cette entreprise. Il nous reste maintenant à présenter notre angle d’approche, c’est à dire à identifier les contours de notre démarche méthodologique.

Notre attention s’est focalisée sur la période 1962-1988, phase historique particulièrement longue. Elle débute au moment où le pays meurtri, abdiquait et acceptait de remettre son destin entre les mains des institutions qui, issues de la remise en cause de la légitimité du G.P.R.A., proclamèrent l’instauration du parti unique. Elle prend fin avec les événements d’Octobre 1988 qui, grâce aux sacrifices consentis par une jeunesse ardente, ont permis l’émergence du pluralisme politique et signifié la fin bien heureuse de l’action clandestine, à laquelle étaient contraintes, jusque-là, les diverses organisation d’opposition. Ces deux dates, ont servi de frontières pour la délimitation de l’espace-temps, objet de notre attention.

Cinq haltes ponctueront notre avancée méthodologique et elles correspondent aux parties constitutives de cette recension :

- La première nous offre l’occasion de dégager les visions, à la veille de l’indépendance, du M.N.A. et du P.C.A., (seuls partis à avoir préservé leur indépendance organique vis à vis du F.L.N. durant la guerre de libération), sur les accords d’Evian, le scrutin d’autodétermination et sur les orientations à même de faciliter la reconstruction du pays.

- La deuxième, ouverte par la proclamation officielle de l’indépendance en juillet 1962, s’identifie avec le processus de conquête et de consolidation du pouvoir de Ben Bella. Elle se clôt, le 19 juin1965, jour de sa destitution. Elle inaugure l’ère des affrontements fratricides et l’apparition des premières oppositions.

- La troisième est inaugurée par le succès du coup d’Etat du 19 juin1965 et elle se termine au moment de l’annonce par Boumedienne, en juin 1975, de son désir de doter le pays de nouvelles institutions. Elle est marquée par les efforts fournis par la nouvelle équipe dirigeante en vue de sa reconnaissance et de sa légitimation et par la manifestation récurrente des ruptures au sein du pouvoir comme au sein des oppositions.

- La quatrième, celle de l’institutionnalisation du régime issu du 19 juin 1965, débute avec les débats préparatoires sur la Charte Nationale qui sera votée en 1976. Elle sera suivie par la mise sur pied de nouvelles institutions et elle se termine avec la disparition en décembre 1978 de Boumedienne. Elle se particularise par l’apparition au sein des oppositions du courant libéral. La question démocratique émerge comme question centrale.

- La cinquième, consacrée à la présidence de Chadli, s’étale du début de l’année 1979 jusqu’aux événements d’Octobre 1988, événements dont l’impact majeur sera la mise en branle de réformes politiques, qui consacreront au niveau formel, la fin du règne du parti unique. Elle se distingue par la mise en place, ordonnée, des prémisses d’une victoire annoncée du fondamentalisme de marché, processus qui accouchera d’un renouveau remarquable du mouvement populaire de contestation.

Dans le strict respect de la progression historique, chacune des séquences constitutives de cette grande périodisation historique, a été subdivisée en plusieurs parties organisées à partir et autour de délimitations thématiques significatives.

Un effort soutenu d’analyse théorique a été engagé par toutes ces formations politiques pour affirmer, dans une double démarche, leur spécificité théorique et leur singularité programmatique. La première partie, de chacune des cinq étapes méthodologiques retenues, intitulée : "documents de référence", est consacrée à cette dimension.

Elle s’articule autour des présentations programmatiques, des études de caractère doctrinal et des analyses à fondement stratégique. Elle contient également des textes en relation avec la situation organique interne.

De tout ce qui précède, transparait avec netteté une évidence : notre ambition n’est pas de présenter une histoire des oppositions clandestines algériennes. C’est là, une tâche qui est du ressort exclusif des spécialistes. Cette collecte de documentations et sa présentation, a pour modeste objectif, de fournir à tous ceux, soucieux d’ouvrir la voie à une réappropriation mémorielle, une base bibliographique utile à leurs efforts de compréhension et de caractérisation des différentes phases de l’Algérie indépendante.

R.C

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